À l’agenda: paix, santé et égalité!

Qui s’occupera des activités pendant le temps des Fêtes autour de vous?

En feuilletant le journal, je tombe sur une publicité d’un magasin-librairie qui propose des agendas pour la prochaine année, dont un destiné spécifiquement aux familles. Ne soyons pas dupes, je parie ma prochaine paie sur le fait que ce sont majoritairement des mamans qui se le procureront, et non pas les papas.

À l’aube du temps des Fêtes, je me pose une question qui risque de plomber le moral de certain•e•s… Qui autour de vous prendra en charge l’organisation des activités, des repas, des décorations, des visites familiales?

La planification des loisirs familiaux et la gestion du calendrier des événements pour divertir est une sphère de la vie domestique occupée par les mères hétérosexuelles de classe privilégiée.

C’est du moins ce que j’observe (selon une méthode non valide sur le plan statistique!) comme enseignante dans un milieu très aisé. Les mamans sont bénévoles de classe et responsables de planifier plusieurs activités à l’école, comme à la maison; les papas étant souvent plus occupés au travail. Je suis consciente que ce n’est pas la réalité de tous, mais il me semble que la fameuse charge mentale révélée au grand jour il y a quelques années par des féministes ne soit pas encore répartie équitablement au sein des familles hétéroparentales.

Qu’en est-il de l’organisation des loisirs en contexte monoparental? Je n’avais pas eu la chance de me pencher sur cette réalité avant de fréquenter, il y a quelques années, un papa de deux jeunes enfants. Ce n’est pas si facile pour les hommes monoparentaux d’organiser un simple pique-nique au Mont-Royal pour leurs enfants et des amis de leur classe, en jasant de tout ça spontanément à la fin de la journée avec d’autres papas devant la porte du service de garde. La réponse de ces messieurs est inévitablement: « Bonne idée man, mais faut que j’en parle avec ma blonde ». Et ensuite, plus rien. Pouet pouet le pique-nique ou l’après-midi de janvier à glisser sur la butte au coin de la rue. Le calendrier familial appartient, dans la famille hétéroparentale traditionnelle actuelle, à la maman.

Au début, je ne croyais pas mon copain lorsqu’il se plaignait, exaspéré, de cette situation… Je lui avait répondu qu’il était tombé sur des papas peu impliqués, un peu mous, mais qu’ils ne sont pas tous comme ça, etc. Au fil des mois, j’ai bien vu qu’il avait raison! J’ai ressenti de l’incompréhension et ensuite de l’indignation, non pas parce que j’avais tort, mais parce que ces femmes gardent leur emprise sur un territoire domestique qui pourrait facilement être partagé pour le mieux-être de tous.

Je ne m’explique toujours pas pourquoi des décennies de réflexions féministes n’ont pas réussi à mieux redéfinir ce territoire genré.

Pourquoi, diable, s’arroger le droit indéfectible de décider des loisirs familiaux? Et, surtout, pourquoi les hommes cherchent-ils encore à s’éloigner de toute planification d’ordre domestique? Cela mérite d’être mis en lumière, puisque le mépris de la domesticité va avec le mépris des femmes.

Personnellement, cela me semble pourtant d’un ennui mortel! Aussi, cette chasse gardée vient donner raison à tous ceux qui traitent les femmes de Germaine, tu sais bien, celle qui Gère et qui Mène? On cherche tant à s’éloigner de ce vilain archétype, non?

Les loisirs, les anniversaires, les activités spéciales à l’école et à la maison ne devraient pas voir le jour grâce à la seule organisation des mères. C’est un phénomène qui émerge au croisement du genre et de la classe sociale. Il me semble que cette organisation est plus présente et «acceptée» chez les familles au statut économique assez élevé, où la femme a le choix de travailler à la maison.

En réfléchissant à l’agenda familial, je pense à l’organisation des familles homoparentales. Pour les tâches ménagères, les couples homosexuels se divisent le travail plus équitablement, encore plus chez les couples lesbiens*.

L’organisation des loisirs, des tâches et des activités éducatives au sein des familles homoparentales, qu’on associe à la marge, pourrait devenir la prochaine norme en ce qui concerne l’équité à la maison, pour le bonheur de tous les parents.

Aborder le thème de l’organisation des loisirs familiaux avec une perspective féministe n’est pas si léger qu’il n’y semble à première vue.

Parions que nous verrons les prochains partys des Fêtes sous un nouveau jour!

*Martine Gross. Les familles homoparentales : entre conformité et innovations. Informations sociales, 2009, 154, pp.106-111

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